dimanche 17 mars 2013

La petite marchande de prose de Daniel Pennac

"Vous avez un vice rare, Malaussène, vous compatissez"

Elle ne croit pas si bien dire Majesté -alias la reine Zabo -  éditrice des Editions du Talions, et patronne de Benjamin. Elle peut même ajouter :
"Vous êtes le double douloureux de ce bas monde, Malaussène ! Même moi j'arrive à vous émouvoir, c'est dire !"

Parce que Benjamin Malaussène veut démissionner de son rôle de Bouc Emissaire, le voilà embringué dans un emploi bien pire : faire le double d'un écrivain à succès qui tient à rester dans l'ombre. Faire son double consiste à le représenter en public, répondre à des interviews, participer à des meeting ... et en prime déchainer les passions, les jalousies, les tromperies ..... et se faire tirer dessus. Pourtant Malaussène ne le sentait pas vraiment ce rôle, voire même il ne le voulait pas.
Sauf que sa petite Clara, sa petite soeur préférée, celle qu'il a mise au monde lui-même, perd son futur mari (un archange de 58 ans, directeur de prison idéaliste .... et assassiné au sein même de son établissement pénitentiaire), avant même de se faire passer la bague au doigt, pourtant attend déjà un enfant .... Alors c'est pour elle et ce futur petit à qui il veut constituer un pécule qu'il accepte ... au péril de sa vie.

Et nous voici reparti dans une aventure des plus déjantée au pays des livres, des éditions, de tout ce qui se cache derrière, les magouilles en tout genre, les déchaînements de passions mais par dessus-tout, l'amour de l'écriture, de la reliure, du beau, de l'ancien ....
Si le tour premier tome de la saga de Pennac, Au bonheur des Ogres, nous présentait la tribu Malaussène, si le second tome La fée carabine témoignait de beaucoup de tendresse, ce troisième tome est parti plutôt dans une dérive folle dingue d'une apothéose des malheurs de notre Benjamin Malaussène. Maudit il est, maudit il reste et tout cela parce que, une fois de plus mêlé à un meurtre, le Commissaire divisionnaire Coudrier lui a ordonné de reste le plus à l'écart de tout cela. Ordre écouté et obéi, Benjamin passera les trois-quart du roman relié à des tas de machines, victime d'un médecin machiavélique qui prend son corps pour une banque d'organes vivantes .. alors qu'autour de lui de déchainent les passions et les délires des uns et des autres.

On peut dire que Pennac s'en ait donné à coeur joie dans ce roman-là. D'une part il nous livre une grande partie de son amour des romans  mais d'autre part il nous l'offre au milieu d'un belle explosion d'humour et de loufoque. C'est marrant car je l'avais déjà lu ce roman, mais il a tout de même réussi à me surprendre, à me faire gober la tournure dramatique des évènements : Benjamin, puis Julie sa douce et tendre, transformés l'un en martyre et la seconde en vengeresse acharnée au nom de l'Amour.
L'Amour avec un grand A car c'est toujours ce qui ressort de cette saga, l'Amour de Benjamin pour sa famille, l'Amour qu'ils se portent les uns aux autres, l'Amour de Benjamin pour Julie et réciproquement ... mais aussi l'Amour au travers des multiples sympathies qu'il engendre, que ce soit de ses amis fidèles, sa deuxième famille : Amar et Yasmina ou le commissaire Coudrier. Il est étonnant d'ailleurs à quel point Pennac a su rendre attachant un gars qui à la base pourrait passer pour le dernier des crétins ou au mieux un malchanceux au point qu'on ressentirait le plus grand mépris pour lui, oui après tout ses situations on se demande s'il ne se jette pas à pieds joins dedans ! Et pourtant .... non, il est tellement naïf en quelque sorte, mais dans le bon sens du terme, tellement sympathique et aimant, qu'on ne peut que l'aimer.

Tout ceci sous la plume de Pennac, toujours poétique, jeux de mots et métaphores, qui coule, qui happe, qui nous emmène au plus profond de sa déjantée Petite marchande de prose.
J'avais adoré lorsque j'avais découvert cette série il y a plusieurs années, je me rends compte que j'aime toujours autant.


4 commentaires:

  1. J'adore et j'ai très envie de relire la série, lue il y a plus de 10 ans je crois !!

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    1. Je suis très contente d'avoir trouvé l'occas de la relire en tout cas ^^

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  2. Moi aussi je le relirais bien, on devrait se faire une lecture commune Lune :P
    (et c'est vrai que c'est un joyeux foutoir ce tome, mais c'est vraiment bon...)

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    1. Ah voilà, faites une LC les filles :)

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