dimanche 31 juillet 2011

Le Messie de Dune Frank Herbert

Douze ans ont passé depuis que Paul Atréides, dit Muad'Dib a défait l'Empereur et vaincu ses légions de Sardaukars. Il est désormais lui même Empereur. Ce qu'il avait vu par prescience, jeune garçon, s'est accompli presque malgré oui : ses légions Fremens ont déferlé sur le monde, asservi, stérilisé, anéanti des planètes entières, exterminé des milliards d'êtres humains.
Puisqu'il voit l'avenir, il est devenu presque un Dieu, il connaît ses ennemis et sait quand et comment ils frapperont.

Mais aujourd'hui, le chemin qu'il doit emprunter - alors que ses ennemis tentent encore de le détruire, en lui offrant un cadeau empoisonné : le ghola mentat Hayt, chair ressuscitée dans les cuves Axoloth des Theilaxus de Duncan Idaho, un guerrier extraordinaire qui avait trouvé la mort en le sauvant 12 ans plus tôt et en l'amenant à des choix impossibles - ne lui parait plus si clair et comporte somme de zones d'ombre.

Le Messie de Dune est pour moi le livre le plus émouvant de la série des Dune, il n'y a que peu d'action et peu de temps écoulé entre le début et la fin du livre, c'est un tome qui parait figé dans le temps, mais l'accent est mis sur Paul ... non plus sur ses capacités de super humain -"le Kwisath Haderah, celui qui peut être en plusieurs lieux à la fois, le Madhi dont le pouvoir sur les missionnaires de la Qizarate est absolu, le mentat dont les possibilités d'intégration psychique surpassent celles des anciens ordinateurs"- mais sur ses faiblesses.

Frank Herbert l'avait clairement énoncé : "Voilà donc quel était l'un de mes thèmes pour Dune : n'abdiquez pas votre sens critique face aux détenteurs du pouvoir, aussi admirables qu'ils vous paraissent. Derrière la façade héroïque, vous trouverez un être humain capable de commettre des fautes très humaines."
Il va même plus loin " Les héros sont difficiles, les super-héros catastrophiques. Les erreurs des super-héros impliquent un trop grand nombre d'entre nous dans le désastre."

Paul lui même se compare à Hitler lorsqu'il évoque ses génocides dans un paragraphe très touchant :
"Dans les ténèbres .... Il faudra des centaines de générations pou que l'univers se remette du passage du Jihad de Muad'Dib. Il m'est difficile d'imaginer qu'il se trouvera un jour quelqu'un pour aller plus loin que moi. " Il eut un rire rauque. "Qu'est-ce qui provoque la joie de Muad'Dib ?" demanda Stilgar. "Ce n'est pas de la joie, Stil. Je viens soudain d'avoir la vision de l'Empereur Hitler faisant une déclaration presque similaire. Il l'a faite, sans aucun doute."

Frank Herbert évoque un homme qui est en proie au doute : comment peut-on vivre lorsqu'on a vu son avenir y compris sa mort ? et que le propre choix de sa mort engagera l'univers entier dans des directions qui peuvent être catastrophiques ?
Comment être face à ses propres décisions, qui jamais contestées, ont abouti à tant de morts, d'asservissement ?
Paul est, en quelque sorte, devenu un monstre et il est très seul, c'est cette sensation de solitude qui m'a touchée le plus, personne désormais n'est à son niveau, personne ne peut répondre à sa place et même l'amour de sa concubine Chani ne peut le sauver ni la sauver elle-même. Elle est pourtant son seul et unique pôle d'humanité.

Un petit encart sur mon personnage préféré du Cycle à savoir Duncan Idaho, mort dans le premier tome, il revient à la vie dans celui-ci mais va en fait tenir un rôle de plus en plus important au cours des suites, devenant même un des personnages principaux.

Le seul écueil de ce tome ci, même s'il reste un de mes préférés de la série, porte sur la difficulté de lecture des différents sens énoncés dans chacune des discussions entre Paul et ses interlocuteurs, de quoi nous égarer dans des considérations philosophiques, méta-physiques, ou comment faire compliqué lorsqu'on peut faire simple ? Plus d'une fois j'ai du relire certaines des répliques et encore sans tout comprendre. Un peu plus de clarté n'aurait pas été anodin. En même temps tout le style de Frank Herbert est là donc ...

Pour autant le Messie de Dune reste d'une très grande qualité, dans la lignée de son prédécesseur, Dune, un tome touchant et empreint d'humanité.

Extraits
Il lui semblait qu'une fraction de lui-même était plongée dans des ténèbres glacées et infinies. Ses pouvoirs de prescience lui avaient montré l'univers investi par l'humanité. Il avait fait trembler le cosmos tranquille et à la sécurité avait succédé le Jihad. Il avait sur-combattu, sur-pensé, sur-prédit cet univers humain, pourtant il avait la certitude qu'il lui échapperait toujours. Ce monde qui l'environnait était devenu par lui un paradis baigné d'eau, un univers vivant. Il le sentait, il en percevait la pulsation. Comme un être humain, ce monde le combattait,lui résistait, glissait entre ses doigts à chacun de ses ordres ...

Il serra les poings. Il voulait arrêter le cours de la vision, fuir son propre esprit ! C'était une bête qui s'apprêtait à le dévorer ! La perception était en lui, lourde, gonflée de toute la vie absorbée, saturée de trop nombreuses expériences. Désespérément, il lutta pour bannir ses pensées.

Ce livre a été relu dans le cadre du Challenge Summer Star Wars de Lhisbei.

Ailleurs
Traqueur Stellaire ; Bibliotheca ; a-giscos

samedi 30 juillet 2011

Musique pour une étoile

Il est des musiques (ou chansons) que l'on aime, que l'on se passe en boucle rien que pour le plaisir de l'écoute ou de ce qu'elles évoquent en nous. Je suis assez hétéroclite dans mes choix, j'aime tout autant Calogero, Lavoine, qu' Omnia ou Corvus Corax ou encore Muse que la musique classique (j'en écoute beaucoup pour son pouvoir apaisant et imaginatif).

Et il est des évènement ... heureux ou tristes ... qui nous marquent, qui nous bouleversent ou nous transportent de joie, qui nous heurtent, qui nous réjouissent ...

Alors il arrive fatalement qu'en ces instants de vie plus vifs que d'ordinaire, on associe certaines de ces musiques à ces évènements ... parce que tout simplement on les écoutait lors de leur avenue ou parce qu'elles nous touchaient par leur message, ou ce qu'on en entendait ...

Et il arrive aussi quelquefois qu'on ne puisse plus du tout les écouter, justement parce qu'elles évoquent de façon trop crue, trop insupportable un fait qui nous a marqué plus que de raison, qui nous a terriblement affligé.
Cela fait deux ans que je ne peux plus écouter cette chanson là .... parce qu'elle évoquait en moi quelque chose de trop douloureux ...

J'ignore si je pourrai la réécouter un jour .. peut être lorsque le temps aura fait son oeuvre ....
Mais il est certain que la musique imprègne plus fortement que nulle autre chose les souvenirs.

video

Un extrait

Le temps des tempêtes arrive avant qu'on l'ait prédit
Amours impossibles défaites ironie
Quant tout abîme quand même nos rêves fuient
Il ne reste qu'une île, un port, un parti
On n'est riche que de ses amis
C'est dit ...

Je dédie ce billet à une jeune femme formidable qui aimait la vie et qui a quitté les siens trop tôt ... beaucoup trop tôt .... elle n'avait pas 25 ans ...

jeudi 28 juillet 2011

A la croisé des mondes : La tour des anges et le miroir d'ambre de Philip Pullman

« Elle se retourna. Derrière eux régnaient la souffrance, la mort et la peur ; devant eux s’étendaient le doute, le danger et des mystères insondables. Mais ils n’étaient pas seuls. C’est ainsi que Lyra et son daemon tournèrent le dos au monde dans lequel ils étaient nés, et, faisant face au soleil, pénétrèrent dans le ciel. »

Ainsi s’achève Les royaumes du Nord, le Tome 1 de la trilogie de A la croisée de mondes de Philip Pullman.
Deux tomes suivent celui-ci, à savoir La Tour des Anges et le Miroir d’Ambre.
Si j’ai choisi de traiter le premier seul et les deux suivants d’un seul tenant, c’est parce que le Tome 1 se concluait sur la quête de Lyra, c'est-à-dire retrouver son meilleur ami enlevé par de mystérieux personnages, marquant l’enfant de façon irrémédiable.
Les deux tomes suivants s’enchainent directement, sans pause dans le récit, ni rupture entre les deux, d’où la logique de les évoquer ensemble.

La Tour des Anges, Tome 2 donc, démarre sur un monde nouveau, le notre dans lequel nous faisons la connaissance d’un garçon Will qui, pour protéger sa mère, se trouve malgré lui meurtrier d’un homme et en fuite. Un garçon qui ignore encore le rôle qu'il va tenir. Et l'arme qu'il va découvrir, le fameux AEsahaettr "le dernier de tous les couteaux", qui lui permettra de passer d'un monde à l'autre.

Si Les royaumes du Nord étaient entièrement tournés vers Lyra et sa quête, avec quelques personnages en sa périphérie, les livres suivants nous entrainent dans des multiples directions et donnent des rôles plus importants que personnages secondaires.
Ainsi Lee Scoresby l’aéronaute dont la destinée arrache quelques larmes. Ou encore Serafina, la sorcière protectrice de Will et Lyra. Et enfin l'ours Iorek, devenu roi, qui tente de trouver un autre territoire pour son peuple, le leur étant menacé par la fonte des glaciers.

D’autres personnages font leur apparition comme les anges des esprits nés de la Poussière, les Spectres qui vident les humains de toute substance les laissant tels les forgisé dans la Citadelle des Ombres , les Gallivespiens étranges minuscules petits êtres espions chevauchant des libellules et frappant leurs ennemis de leur dard mortel fixé à leur éperon et les mulefas étranges animaux doués d’intelligence qui se déplacent sur des roues et s’organisent en sociétés.
Ou alors Mary Malone qui vient du même monde que Will.

Pullman enrichit énormément son récit dans ces deux tomes, y développant des thèmes comme l’écologie et la théologie. Peu à peu on comprend ce qu’est la Poussière, quelle est son utilité, pourquoi l’Autorité souhaite la combattre alors que d’autres ont compris son but ultime, on en apprend plus sur les passages entre les mondes et leurs conséquences ; sur le destin de Lyra, ce qu’elle est , ce qui peut faire basculer le monde , la prophétie qui la poursuit.
Et les évènements s’enchainant amènent vers une guerre que rien ne peut éviter. On a des fois la sensation que cela part dans tous les sens mais au final tout prend sens, tout se met en place et tout trouve sa signification.

Et au-delà de tout cela, il y a l’histoire de deux enfants, de Will et Lyra, qui se comportent comme des adultes, et qui pourtant de temps en temps s’effondrent parce que la tâche est trop difficile ; l’un sans l’autre ils n’auraient pas eu la force de poursuivre. Leur relation est évolutive au cours du récit et ils se retrouveront en fin de compte confrontés à un choix qui leur sera terrible pour tous les deux.

La toute première fois que j’avais lu A la croisée des mondes, j’avais été bouleversée par le dénouement au point que j’avais trouvé cela terriblement injuste, tant j’avais pris partie prenante des personnages.
Je n’ai pas eu les mêmes sensations lors de cette relecture, probablement parce que je souhaitais garder une certaine distance par rapport aux protagonistes, ce qui m’a permis de la vivre plus sereinement.

En conclusion, cette trilogie est très réussie à tous points de vue, bien écrite, prenante.
A lire jeune comme adulte.

Et enfin pour terminer
"Elle savait également que leurs deux daemons ne changeraient plus désormais, maintenant que la main d'une personne amoureuse s'était posée sur eux. Ils avaient trouvé leur apparence pour la vie et ils n'en voudraient pas d'autre."
Alors vous, si vous aviez un daemon, quelle apparence prendrait-il ?

Extraits
Chaque ange était un être distinct, sans aucun doute, et pourtant, ils avaient entre eux plus de points communs qu’avec n’importe quel être humain. Ils partageaient un mélange éblouissant et fulgurant d’intelligence et de sensibilité, qui semblait les envelopper en même temps.

La Poussière qui se déversait des étoles avait retrouvé un foyer vivant, et ces enfants qui n’étaient plus des enfants, débordants d’amour, étaient à l’origine de tout cela.

La signification profonde de ces paroles commençait à se faire jour dans l’esprit de Will et de Lyra. Ils la repoussaient, ils la combattaient, mais elle était semblable à cette lumière grise qui s’infiltre dans le ciel et éteint les étoiles : elle contournait tous les obstacles qu’ils dressaient devant elle, elle se glissait sous les volets et autour des rideaux qu’ils essayaient de tirer.

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mardi 26 juillet 2011

Izaïn né du désert, la Quête d'Espérance de Johan Heliot

Un vaisseau étrange chemine dans le désert, une sorte d’animal mollusque qui procède par reptation le long de son sillon … acheminant des marchandises d’oasis en oasis sous le commandement de Légyria qui a hérité de l’Espérance par son père ….
Un enfant le suit depuis quelques jours, à bout jusqu’au moment où le bosco du navire, Orso, décide de lui venir en aide et de le remettre en état pour le vendre en tant qu’esclave.
Il ne le fera pas pourtant car le garçon, nommé Izaïn, attire un peu trop de convoitises …

C’est un monde particulier que nous présente Johan Heliot dans cette Quête d'Espérance :
- des vaisseaux des sables dont l’organisme mou requière les attentions des fouisseurs (l’auteur aime à explorer les entrailles de ses étranges inventions, déjà dans La lune seule le sait, les nefs des Ishkiss transportent des voyageurs dans leurs abdomens), ce qui peut paraitre un tantinet écoeurant au départ, et qui sont guidés par le lien les unissant à leurs capitaines
- des charognards de fer qui attaquent les voyageurs
- des pirates de fer qui, armés d’une armure capable de décupler les forces, paraissent invulnérables
- un enfant terriblement mystérieux qui porte peut être sur ses faibles épaules une prophétie et qui parait surdoué dans tout ce qu’il entreprend (c’est un extra terrestre au milieu des ces autres extra terrestres en somme )
Et tout un ensemble de personnages, comme les Terreux qui sont les marins des navires des sables, les Ferreux, les traqueurs etc …

Un univers qui nous parait pourtant rapidement familier avec une structure du récit adaptée à la littérature jeunesse mais qui ne laisse pas d’instant de répit, c’est un livre qu’on dévore, sitôt fini un chapitre, on fonce dans le suivant.
Et la fin se termine sur un cliffhanger palpitant qui fait regretter de ne pas avoir le Tome 2 sous la main (je le savais pourtant, ne JAMAIS commencer une trilogie sans avoir la suite à portée).

Je me suis interrogée sur les éventuelles inspirations d’Heliot pour trouver la trame de son récit, les tempêtes de sable font immédiatement penser à celles de Dune, tout comme les vaisseaux du désert, en harmonie avec leurs maitres, renvoient aux navires magiques de Robin Hobb dans sa série Les aventuriers de la mer, ou encore la fameuse armure des pirates de fer m’a fait penser à celle que revêt Nawel dans les Âmes croisées de Bottero.
Après il est évident que le lecteur fait ce qu’il veut avec ce qu’il perçoit de ses propres références littéraires, sans savoir si elles sont fondées ou non.

Ce qui n’enlève d’ailleurs absolument rien à la qualité du premier tome de la trilogie de la Quête d'Espérance.
C’est un excellent roman pour jeune, qui peut se lire aussi avec beaucoup de plaisir lorsqu’on est adulte, une trame réellement originale avec des personnages qui ne sont pas manichéens. Ainsi Orso, avant de s’attacher au jeune Izaïn, avait l’intention de s’en débarrasser. Mester, qui de prime abord, représentait l’ennemi suprême, se révèle être tout à fait autre chose.
Personnages attachants qui plus est, ce qui est pour moi, critère de plaisir de lecture. Et bien entendu l’aisance d’écriture propre à Heliot que j’aime décidément énormément.

J’ai beaucoup apprécié aussi la manière dont était traitée la relation entre Espérance - pourtant paraissant une peu ragoutante grosse limace, mais en fait se révélant un être qui ressent, qui vit, et qui en devient rapidement attachant - et les humains qui la protègent et s’occupent d’elle.

Un mot aussi de la couverture signée Manchu qui a permis de mettre une image sur Espérance et son univers, une illustration superbe, aux contours adoucis par la lumière très ténue du soleil et les couleurs chaudes du désert.

Et enfin pour achever, une grande interrogation, La quête d’Espérance est certes un roman de Sf sans aucun doute, mais fait-il partie de l’univers du Space Opera ? Si l’on en croit l’article de Wikipédia, on pourrait penser que non, car la plupart des romans de ce style là se situent sur des grandes échelles interplanétaires, avec des enjeux économiques, politiques, écologiques … pour autant il est difficile de cataloguer un livre uniquement à partir de son premier tome, donc je ne me prononcerai pas sur ce sujet.
Avis aux connaisseurs s’ils peuvent m’éclairer (moi et quelques membres du Cercle qui se posent aussi la question).

Extraits

Loin dans le dos du môme, une grosse boule orange émergeait de l’horizon, comme un furoncle naissant sur la peau du monde. Une lumière sanguine se reflétait dans le sillage d’Espérance.


« C’est lui, avait chuchoté l’étranger, la voix vibrante de respect. Lui, tel qu’Il a été et tel qu’Il sera encore, autant de fois au cours des siècles », avait-il ajouté, sans donner plus d’explication à ces propos mystérieux.

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Chez Olya ; Lelf ; Shaya ; El Jc ; Cafard Cosmique ....

dimanche 24 juillet 2011

Dune de Frank Herbert

Arrakis … planète des sables inhospitalière, battue par des tempêtes corrosives qui ravagent tout, sillonnée par des vers de sable, créatures gigantesques qui engloutissent ceux osant fouler leurs territoires …. Planète où l’eau est une denrée rare et précieuse, presque inexistante …. où seul un peuple les Fremens, tels les Touaregs, fiers et libres, parviennent mystérieusement à survivre et encore on ignore comment ils font et combien ils sont.
Seulement il existe un trésor sur cette planète … un trésor inestimable qui est l’enjeu de tout l’univers … l’Epice qui permet la prescience et les déplacements de la Guilde Spatiale.

Lorsque le Duc Léto Atréides reçoit Arrakis en fief, il sait que l’attend alors un piège mortel dont seuls survivront sa femme Jessica, une Bene Gesserit et leur fils Paul qui promet d’être le Kwisatz Haderach celui qui "peut être en plusieurs endroits à la fois" et même plus : celui que tout le monde attend : le Lisan al-Gaib, la légende !

Frank Herbert, lorsqu’il a commencé à rédiger les premiers opus de son cycle, avait déjà toute l’histoire en tête … C’est pourquoi tout au long du récit, il n’y a pas un seul faux pas, on sent que l’auteur sait où il va, vers quoi il tend … ce qui donne un Dune extrêmement structuré.
C’est un véritable monde qu’il a su mettre en place, un monde avec toute une culture, un vocabulaire, des mœurs et des croyances, des enjeux politiques, économiques et religieux … Rien n’est laissé au hasard.

Le cycle commence sur une présentation des personnages qui vont émailler toute une partie du récit, chaque chapitre introduit un nouveau personnage : Paul Atréides passant l’épreuve de la révérende Mère qui décidera s’il est ou non le Kwisatz Haderah, puis le Baron Vladimir Harkonnen et les plans qu'il prévoit, Dame Jessica la mère de Paul mais surtout une Bene Gesserit, ces femmes entrainées à l'art de la guerre mais aussi qui sont à la tête de programmes génétiques précis visant à l'élaboration d'un sur-homme puis le mentat Thufir Hawat, véritable ordinateur humain, le docteur Yueh, le Duc Léto, Duncan Idaho .. . des personnages avec leurs forces et leurs faiblesses qui vont rapidement nous devenir familiers.

Il n’en est pas moins difficile de parler de cette œuvre tant elle donne lieu à des entrées différentes par la multiplicité des thèmes qu’elle aborde
- L’enjeu écologique avec le manque de l’eau
- Les enjeux politiques avec pour centre cette fameuse Epice qui donne pouvoir à celui qui la possède ... un pouvoir dangereux car c'est une véritable drogue.
- Les enjeux religieux qui retracent tout le destin d’un Messie, Paul, adulé avant même de faire ses preuves et qui, tout au long de son histoire, devra lutter contre le chemin où l’entraîne inexorablement cette adoration, sans cesse confronté au doute dans ses choix et leurs conséquences.

Et tant d’autres encore, comme l’étude de la vie des Fremens, leur étrange culture, leurs rites dictés par leur survie en territoire terriblement hostile comme la récupération de l’eau des morts ou le fait de cracher en signe de respect, leur adaptation au désert via le fameux distille …

L’aspect psychologique des personnages aussi .. Frank Herbert a voulu écrire « Un long roman sous la forme d’une trilogie traitant des convulsions messianiques quoi nous secouent périodiquement. Démagogues, fanatiques, escrocs, témoins, innocents et moins innocents, tous devaient participer à ce drame. Ce qui sous-entend l’ensemble, c’est ma théorie selon laquelle les super-héros sont désastreux pour le genre humain. »
(la Génèse de Dune par Frank Herbert, dans Bifrost n°63)

Partant de ce principe, Herbert nous met en scène des personnages qui réfléchissent, qui doutent souvent, qui portent des fois un poids trop lourd pour leurs épaules. Je pense notamment à Paul et son terrible pouvoir de prescience qui lui permet de voir l’avenir mais avec nombre de zones d’ombre.
"Paul, en entendant ces mots, sentit qu’il plongeait une fois encore dans les abysses … Un moment aveugle. Dans son esprit, il n’y avait nul passé pour cet avenir … si ce n’est … Oui, il pouvait encore distinguer la bannière verte et noire des Atréides flottant .. quelque part au devant de la route … les mots sanglants du Jihad et les légions fanatiques.
Cela ne sera pas, se dit-il. Je ne peux le permettre."


J’ai évoqué ci dessus Bifrost car il est impossible de faire un billet sur Dune en occultant le dossier consacré à Frank Herbert dans ce numéro de Juillet.
Un Bifrost vraiment passionnant qui présente un portrait très touchant de Frank Herbert, le premier mot me venant à l’esprit pour l’évoquer est dignité. Puis un article présenté par l’auteur lui-même qui présente Dune comme l’élaboration d’une fugue avec ses contrepoints et conclue ainsi « En accord avec le schéma de la fugue, je refuse toutefois d’apporter d’autres solutions à l’imbroglio. Trouvez vos propres réponses. N’allez pas me considérer comme votre directeur de conscience. »

Et ensuite un dossier complet sur tout son cycle, car Dune ce n’est pas seulement le Tome qui porte son nom, ce sont 5 livres qui vont suivre dans une fabuleuse épopée qui est considérée comme un « monument incontesté de la science fiction, un chef d’œuvre. » Suivent plusieurs pistes pour aborder le cycle et pour mieux comprendre les choix d’Herbert, ses inspirations , ses connaissances …
Un Bifrost que je recommande vivement à tout fan de Dune .. et aux autres. (Et la couverture, signée Pascal Casolari est absolument superbe).
Pour en savoir plus sur ce numéro c'est chez Tigger Lilly.

Pour ma part, en conclusion, j’avais débuté Dune vers 14 ans, un livre un peu trop difficile à aborder à cet âge là, je l’ai sagement reposé et repris quelques années plus tard pour me faire littéralement ensorceler par ce Cycle fabuleux. Pour moi c’est un véritable chef d’œuvre que j’ai relu avec tout autant de plaisir et que j’ai envie de prolonger une fois de plus en lisant les suites.
Il fait partie depuis longtemps de mes livres préférés.

Quel regret que Frank Herbert nous ait quittés avant de parachever son cycle car la fin mise en scène par son fils et Kevin Anderson est très loin d’avoir la puissance littéraire du maître.

Pour conclure, la fameuse litanie contre la peur, une sorte de prière qui soutient Paul tout au long du récit :

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura rien. Rien que moi.

Extraits
Tu apprendras à connaître les plaines funèbres, les déserts absolument vides, les vastes étendues où rien ne vit à l’exception des vers de sable et de l’épice. Tu en viendras à ternir tes pupilles pour atténuer l’éclat du soleil. Le moindre creux à l’abri du vent et des regards te sera un refuge. Et tu te déplaceras sur tes jambes, sans orni, sans véhicule ni monture.

Il y a quatre choses pour supporter un monde. La connaissance du sage, la justice du grand, les prières du preux et le courage du brave. Mais tout cela n’est rien quand celui qui gouverne et connait l’art de gouverner.

Ce livre a été relu dans le cadre du Challenge Summer Star Wars de Lhisbei.

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vendredi 22 juillet 2011

Mon petit Orsay ; Mon petit Versailles de Marie Sellier

Il est des collections pour les enfants qui sont de véritables merveilles, celles de l'Editeur Réunion des Musées Nationaux, en fait partie, il s'agit de toute une série d'ouvrages sur l'Art expliqué aux enfants, élaborée par Marie Sellier.

Cette série évoque tout aussi bien Picasso que le musée Pompidou, le Louvre ou encore le Quai Branly.
Et ceux qui sont en ma possession pour l'instant (avec l'intention de m'offrir toute la collection) : mon petit Orsay et mon petit Versailles.

Mon petit Orsay nous fait découvrir donc le Musée d'Orsay, une Gare reconvertie en expositions d'oeuvres d'art.

"Le musée d'Orsay a deux yeux ronds qui regardent couler la Seine. Des yeux ? Non, des horloges ? Deux grosses horloges rondes. Pourquoi des horloges ? Quelle question ! Pour ne pas rater son train !

Car avant d'ê
tre un musée, Orsay était une gare, une gare pleine de locomotives, de bagaes et de voyageurs. Maintenant les trains ont disparu. Il y a des tableaux, des statues, de beaux objets. Et puis il y a aussi ..."

Ainsi commence l'album avant de faire une présentation d'un échantillon des tableaux, des sculptures et des statues qui ornent le musée.
Chaque page comporte sur sa partie droite une présentation d'une oeuvre illustrés par un point de détail de ce qui est présenté et la représentation de l'oeuvre en question sur la partie gauche, légendée.
C'est très abordable et instructif pour les enfants, sans aller dans des explications compliquées mais plutôt pour les éveiller au sens de l'étude d'un tableau ou d'une statue. Car les textes sont très simples, ils s'adressent à des enfants à partir de 6 ans.

Un extrait de mon tableau préféré de ce musée, à savoir La Pie de Claude Monet
" Il y a .. une pie qui n'a pas froid aux yeux. La pie, que fais-tu là, toute seule sur ta barrière ? Toi qui est si bavarde, tu n'as personne à qui parler. Il fait trop froid. Il n'y a pas un chat dehors. Mais tu as bien raison, la pie, de contempler le paysage parce que ces ombres bleues sur la neige blanche c'est vraiment, vraiment trop joli "

En quelques mots, Marie Sellier évoque à la fois le côté immensité blanche du tableau, adoucie par ces ombres qui rendent moins austère l'impression de solitude qui en découle. J'aime beaucoup ce tableau personnellement par la sensation de sérénité qui s'en dégage et la présence de ce tout petit oiseau perdu au milieu d'un paysage figé.

Dans cet album seront présentés aussi des tableaux de Vuillard,Gauguin, Seurat, Renoir, Cézanne, Manet, Van Gogh ... des statues de Carpeaux, de Barye, de Daumier ...

De la même manière, Mon petit Versailles présente le château sous toutes ses coutures : tableaux, statues, jardins, chambre du roi, Galerie des Glaces ...

"Il était une fois un roi de vingt ans qui régnait sur la France. Ce jeune roi s'appelait Louis XIX. Il était plein d'ardeur et rêvait d'avoir pour demeure le plus beau des château : un château qui brille d'or et d'argent et resplendisse de marbre blanc, un château qui respire doucement au milieu d'un vaste parc, un château de musique et de fête à remplir de princes et des princesses, de laquais et de gardes, de courtisans dévoués, fidèles et empressés.
Ce château de Louis XIV, nous allons le visiter ensemble.
Ouvrons les yeux ! Tendons l'oreille ! Les murs, les peintures, les statues, les parterres nous murmurent l'histoire de ceux qui vécurent ici des jours heureux ou moins heureux.
"

Une explication historique émaille chaque page de ce petit livre, de façon très intéressante, évoquant tout aussi bien les épisodes de la Fronde, que les goûts et les habitudes de vie du roi régnant, la signification du roi soleil que l'élaboration des extraordinaires jardins (c'est ce que je préfère dans ce château) et le système d'irrigation des bassins.

Cette collection ne remplace bien entendu aucunement une visite de ces musée ou château mais permet d'en avoir une bonne vision d'ensemble, soit en réinvestissement de choses vues réellement, soit en étude d'une oeuvre particulière, ou en préparation d'une visite.

A mettre entre toutes les mains des enfants !

mardi 19 juillet 2011

A la croisée des mondes : Les royaumes du nord de Philip Pullman

Qui aurait pensé que Lyra, cette petite fille élevée parmi des Erudits d’un collège anglais du XIXième siècle, passant son temps à courir les rues d’Oxford à faire des bêtises, était celle que tous attendaient … celle qu’allaient protéger des Gitans, celle dont les Sorcières parlaient depuis la nuit des temps ?

"Et elles parlent d’une enfant comme celle-ci, dotée d’un grand destin qui ne peut être accompli qu’ailleurs, pas sur cette terre, mais bien plus loin. Sans cette enfant, nous mourrons tous. Mais elle doit accomplir ce destin sans en avoir conscience, car seule son ignorance peut nous sauver. "

Le destin de Lyra va s’accélérer et prendre tout son sens lorsque des enfants commencent à disparaitre mystérieusement, enlevés par une organisation terrifiante, sans que l’on sache ce qu’il advient d’eux. Et Roger, le meilleur ami de Lyra, disparait aussi. Un enlèvement qui la conduira jusque dans les Terres Glacées du Grand Nord avec pour alliés un ours banni des siens, des sorcières qui ont choisi de l’aider, et un mystérieux aléthiomètre qui lui permet de décrypter les vérités.
Sans oublier Pantalaimon, son daemon. Et commence aussi une fuite éperdue car des personnes veulent absolument mettre la main sur elle, des personnes dont elle n’aurait jamais soupçonné le machiavélisme et l’horreur …

Philip Pullman est un fabuleux auteur de livres jeunesse, et encore une fois il nous embarque avec lui dans un récit de fantasy tout à fait original et particulier.
Un récit qui se tient, qui se construit peu à peu, avec la découverte de cette fameuse Poussière qui permettrait de voyager d’un monde à un autre mais qui, tel le péché originel dans la Bible, est hautement condamnable, et terriblement craint. Des personnages tout à fait atypiques comme ces dameons qui sont les doubles des humains dans le monde de Lyra, plus que des doubles même, leur conscience dont ils ne peuvent se séparer sous peine de grand souffrance, voire de mort.
Les daemons changent d’apparence durant l’enfance de leur humain, le temps de leur construction, pour prendre leur apparence définitive en fonction de la personnalité de l’être adulte. C’est un concept vraiment intéressant, surtout que les relations qui lient si étroitement l’humain à son daemon sont décrites avec sensibilité et crédibilité, on rêverait d’avoir un tel double dans sa vie.

Les personnages sont bien posés, Lyra est une petite fille tout autant courageuse et intelligente qu’insolente et fabulatrice. Lord Asriel et Madame Coulter, sous des dehors de séduction et de charme, sont en fait de véritables monstres portés par leurs recherches, n’hésitant pas à tout leur sacrifier, tout en montrant un certain attachement envers Lyra.
Les autres personnages secondaires ne manquent pas de consistance non plus et ne sont pas manichéens, par exemple Lee Scoresby, l’aéronaute, bien qu’il soit du côté de Lyra, n’est pas prêt à s’engager sans compromis et sans qu’on lui laisse le livre arbitre de ses décisions. Iorek, l’ours, quant à lui est un tueur impitoyable avant d’être un allié.
Mais peu à peu, tous ces personnages qui ne se ressemblent pas, qui au préalable ne se connaissaient pas, que rien ne lie, vont se rapprocher dans un même but : protéger cette enfant si particulière.

Le récit met un peu de temps à se mettre en place mais ensuite lorsqu’il prend son envol, il devient haletant avec somme de péripéties, de rebondissements et de moments terribles.
C’est un livre édité en jeunesse soit mais il faut déjà avoir une certaine maîtrise de la lecture et une certaine maturité pour le comprendre, il est plus adapté à de grands adolescents qu’à des enfants.
Je l’avais déjà lu il y a plusieurs années, il m’avait énormément plu, je le redécouvre avec un égal plaisir.


Extraits
La lune s’était couchée entre-temps, et le ciel, au sud, était d’un noir absolu, malgré les milliards d’étoiles qui le parsemaient, tels des diamants sur un drap de velours. Mais leur éclat ne pouvait rivaliser avec l’Aurore. Jamais Lyra ne l’avait vue aussi brillante, aussi dramatiquement belle ; à chaque saccade, chaque tremblement, de nouveaux miracles dansaient dans le ciel. Derrière ce voile de lumière qui ne cessait de changer, cet autre monde, cette cité baignée de soleil apparaissait, nette et réelle.

C’était un sentiment si étrange quand votre daemon tirait sur le lien invisible qui l’unissait à vous ; un mélange de douleur intense dans la poitrine, de chagrin profond, et d’amour. Et Lyra savait que c’était la même chose pour Pantalaimon. […] Le daemon se blottit au creux de ses bras, et Lyra se fait qu’elle préférait mourir plutôt que d’être séparé de lui et d’éprouver à nouveau cette tristesse ; elle deviendrait folle de chagrin et de terreur.

Les sorcières connaissent les autres mondes depuis des milliers d’années. Parfois, on peut les apercevoir dans les Lumières du Nord. Ils ne font pas partie de l’univers ; même les étoiles les plus lointaines font partie de l’univers, mais ces lumières font partie d’un univers totalement différent. Pourtant, il n’est pas plus éloigné ; il est parallèle au nôtre. Ici même, sur ce pont, des millions d’autres univers existent, dans une ignorance mutuelle.

Ailleurs
Une discussion sur le Forum du Dragon Galactique ; RSF Blog ; ActuSF

Ce livre a été relu dans le cadre du Défi Steampunk chez Lord Orkan.

dimanche 17 juillet 2011

Pays de Légende (2)

L'an dernier j'avais évoqué tous ces êtres magiques qui peuplent les contrées bretonnes. Mais fi des fées, korrigan et autres trolls, c'est un drôle de petit truc violet qui est venu poser sur mes photos, une boule de poils bien insistante et persévérante !






En voici la preuve en images ...










samedi 9 juillet 2011

LAVINIA d'Ursula K. Le Guin

Cela commence comme une musique .. une toute petite musique douce, pianissimo … une ligne mélodieuse qui nous porte sans heurts dans la vie de Lavinia, fille de roi au temps de l’Enéide, qui coule des jours paisibles entre traditions, rites et présages, en symbiose avec la nature et les dieux.
Or survient un poète, pas encore né, qui lui prédit son avenir : loin d’épouser celui que lui a choisit sa mère, elle sera la femme d’un homme venu de loin, un étranger, Enée qui a fui sa terre natale pour arriver en terre promise.
Mais il amènera alors la guerre .. et le récit de prendre son envol dans un crescendo alors que brutalement les évènements prédits par le poète s’enchainent. Pour reprendre ensuite son phrasé musical tout en douceur.

C’est que le style d’Ursula le Guin se lit justement comme on écouterait une musique, en se laissant tranquillement porter au gré des mélodies, c’est très étrange car cela glisse tout seul .. avec quelques longueurs néanmoins qui freinent un peu le récit surtout dans les cent premières pages.
Mais il en ressort une grande qualité, une écriture fluide et apaisante. Comme on peut écouter de la musique classique sans rien y connaître, ni savoir lire une partition, on peut découvrir LAVINIA sans avoir lu l'Enéïde, ni rien connaître de l'épopée de Virgile qui fait le récit du Troyen Enée, ancêtre mythique du peuple romain, depuis la prise de Troie jusqu'à son installation dans le Latium.
De Lavinia, il n'en est question que dans le Chant VII, lorsque des oracles font comprendre au roi local Latinus qu'il doit marier sa fille non à Turnus mais à Enée.
Les chants suivant ne feront allusion qu'aux guerres qui auront suivi et se terminent sur la mort de Turnus et la victoire d'Enée. On pense que l'oeuvre est inachevée.

Et c'est Ursula Le Guin qui lui donne une suite avec brio, tout en mettant justement l'accent sur Lavinia, en faisant même mieux que cela, elle lui donne la parole et un vrai rôle.

J'ai été particulièrement subjuguée par la douceur de l'écriture, qui jamais ne dérape, ni ne sombre dans un récit violent en dépit des évènements. Le Guin, écrit comme se comporte son héroïne, dans l'acceptation de son destin qui lui est pourtant tragique.
Comment vivre sereinement lorsque l'on connait les dénouements de son destin ? La fin des ses proches ? De son amour ? Et pourtant .... elle accepte son sort avec une dignité et un calme qui touchent, là où le lecteur a envie de pleurer et de crier, elle, elle continue son chemin malgré sa tristesse en accord avec ses convictions et la nature , et elle nous apaise alors.

"J'ignore quelle force m'a permis de traverser cette période. Je suppose que je suis une femme de mon peuple, faite de chêne. Les chênes peuvent certes se briser, mais ils ne ploient jamais."

Pour anecdote, j'ai lu la postface, et je suis tombée sur ces mots
"Sa poésie est profondément musicale, sa beauté si liée à la sonorité et à l'ordre des mots qu'elle est fondamentalement intraduisible".
Là où Ursula Le Guin a ressenti la poésie de Virgile comme musicale, j'ai perçu son propre récit de la même manière, je trouve ça assez incroyable, a-t-elle voulu écrire de la même manière ou est-ce sa façon naturelle d'écrire ?

Dans tous les cas, ce roman est un véritable coup de coeur, que je recommande fortement. J'avoue être encore sous le coup de l'émotion face à la force d'un tel récit et la manière dont j'ai pu le ressentir.
Je suis tombée aussi sous le charme de la magnifique couverture de Genkis.
Je remercie beaucoup Tigger Lilly pour me l'avoir offert :)

Extraits
"J’ai songé à ces trois nuits étranges à Albunea, avec la puanteur lointaine des bassins sulfurés qui planait dans l’air noir, quand je parlais avec une ombre, un homme à l’agonie qui n’était pas encore né, qui connaissait mon passé, mon avenir et mon âme, qui savait qui je devais épouser, le vrai héros. "

"Je pense que si, ayant perdu un grand bonheur, on cherche à le rappeler, on ne trouve que le chagrin. Mais si on n'essaie pas de s'attarder sur ce bonheur, on s'aperçoit parfois que lui s'attarde dans notre coeur et notre corps, silencieux mais apaisant."

"Mon esprit était comme un bol d'eau qui reflète une lumière et qu'on secoue en tous sens, et les reflets dansent au plafond sans jamais se réunir ..."

Pour en savoir plus
Enéide

Ailleurs
chez Cachou ; Lelf ; Vert ; Phooka

Ce livre a obtenu le Locus Award 2009.

jeudi 7 juillet 2011

Petits achats de début d'été .. et cadeaux en retard

En été fait ce qu'il te plaît ? ah non c'est "en mai fais ce qu'il te plait", bah ça tombe bien, mon anniversaire était en mai et je reçois mes derniers cadeaux au mois de Juillet .... normal quoi ... xD

Jolis cadeaux cela dit .. comme on peut voir sur la photo ....


Quant à mes derniers achats en date, rien de très violent, juste 5 petits livres de poche ...

- Face aux feux du soleil. Le Cycle des Robots de Isaac ASIMOV
Livre qui est prévu pour une lecture commune organisée par Lael qui aurait du avoir lieu au mois de Juin et qui aura lieu .... je ne sais pas bien quand, lol.

- Le cycle d'Ender, à savoir les 4 Tomes de la série, de Orson Scott CARD
Qui sera lus dans le cadre du Summer Star Wars chez Lhisbei.

mercredi 6 juillet 2011

Je suis une légende de Richard Matheson

Janvier 1976 ... Robert Neville est le seul survivant sur terre .. enfin presque, le seul humain exactement .. ceux qui l'entourent désormais ont été contaminés par une bactérie qui a modifié leur système sanguin de sorte à les rendre .. vampires ..
Et chaque soir ils arrivent pour tenter de faire sortir Neville de sa maison, pour le contaminer à son tour .. chaque soir la même terreur, les mêmes cris, les mêmes piétinements ..

"Il continuait à les voir, les hommes au visage blême qui rôdaient autour de sa maison, cherchant sans répit le moyen d'arriver jusqu'à lui. Il les imaginait tapis tels des chiens, leur regard flamboyant rivé à la porte, les dents grinçant en un lent va-et-vient."

Alors pour ne pas devenir fou, Neville décide de comprendre, de chercher le pourquoi du comment, comment le monde en est arrivé là, s'il y a un moyen de sortir de cette folie ...


Il y a du bon comme du mauvais dans "Je suis une légende".
Commençons par les points positifs : c'est un roman qui se lit très bien, il est facile d'accès, on ne s'ennuie pas, quelques scènes arrivent même à distiller une bonne dose d'effroi (je précise que j'ai évité soigneusement de lire ce roman le soir dans mon lit, xD)

" Puis, alors qu'il négociait le virage dans un grand crissement de pneus, il eut le souffle coupé. Ils étaient tous devant sa maison, à attendre. Un gémissement terrifié jaillit de sa gorge. Il ne voulait pas mourir."

De la peur mais aussi de l'émotion, parce que tout de même cet homme se trouve dans une solitude affreuse, ayant perdu sa femme et sa fille, ses amis, sa vie, tout ... et que son seul réconfort se trouve dans un pauvre chien famélique qu'il tente d'apprivoiser.

"Neville crut devenir fou. Il s'était tellement habitué à ses allées et venues que le chien était devenu le pivot de son existence. Toutes ses journées s'organisaient autour ses repas, ses expériences étaient oubliées, plus rien ne comptait hormis son désir de l'avoir près de lui."

Maintenant les points négatifs .. les incohérences pour débuter ...
Robert Neville serait le seul, l'unique survivant de cette épidémie tout simplement parce qu'il aurait développé un vaccin à son insu lors d'une morsure de chauve-souris .. soit ... sauf que dans toute épidémie, qu'il y n'ait qu'un seul résistant me semble hautement improbable.

Ensuite il survit bien gentiment depuis des années, avec un congélateur rempli à ras bord, une pièce entière emplie de boites de conserves ... certes .. donc il avait dévalisé tous les magasins possibles, prévoyant un siège de plusieurs années .. j'ai un peu du mal à y croire aussi ...
De plus des surgelés qui tiennent 3 ans ... euh .....

Et enfin, en dehors de quelques passages où il se pose de véritables questions sur le sens de tout cela, on a la sensation qu'il a relativement bien accepté son sort, or certes l'être humain s'adapte à tout dans un but de survie mais néanmoins on a du mal à prendre tout cela comme une normalité. La question de la survie, de son intérêt, du sens de la vie, des peurs de la solitude ne semble pas être le principal soucis de Matheson.

Ensuite il y a tout l'aspect recherche sur le bacille qui, certes est passionnante d'un point de vue scientifique - je connais tout du système lymphatique du corps humain, fantastique ...- mais casse aussi formidablement le récit, la tragédie en elle-même. Toute l'explication du vampirisme trouve ton origine dans cette modification sanguine, avec tout ce qui en découle : l'ail qui les fait fuir, le pieu pointu qui les tue, la croix qui les repousse (mais uniquement les vampires catholiques attention !), les grandes épidémies du siècle passé ... Ce n'est pas inintéressant mais je n'ai pas tellement accroché ... sans compter qu'on a la sensation au début d'un amalgame entre les vampires vivants et ceux qui seraient morts, qu'on aurait tendance à assimiler à des zombis dans ce cas, ce qui ne rend pas le récit très logique ... l'explication de cet état de fait arrive en fait beaucoup plus tard.

En conclusion ... "Je suis une légende" se lit très bien, ce n'est pas un mauvais livre du tout mais je ne l'ai pas trouvé très passionnant, la fin ne rattrape que peu le manque de rythme et d'approfondissement un peu plus psychologique des sentiments du personnage principal.
Un avis donc plutôt mitigé.

PS : Un film a été tiré de ce livre, avec Will Smith comme héros, avec une affiche qui le représente marchant dans la rue, un chien à ses côtés.
Lorsque l'on sait que le héros du livre est blond, barbu et que le chien ne fait qu'un bref passage dans sa vie, on peut se poser des questions sur les choix du scénariste .. je n'en dirai pas plus, je ne l'ai pas vu .. et je ne le verrai d'ailleurs jamais.

Ce roman a été lu dans le cadre du Challenge Fin du Monde de Tigger Lilly, en catégorie Hiver nucléaire.

Ailleurs
cafard cosmique ; vampirisme.com ...



lundi 4 juillet 2011

A comme association Les limites obscures de la magie Pierre Bottero

Après la présentation de Jasper par Erik L’Homme dans «La pâle lumière des ténèbres », c’est au tour de Pierre Bottero de nous entrainer dans « Les limites obscures de la magie » qui met en scène un nouveau membre de cette association peu commune : Ombe une jeune fille de 18 ans, née au Canada, découverte abandonnée sur un chemin, d’où son nom Duchemin parce que « Si un brave monsieur n’était pas passé juste au bon moment, je me serais sans doute appelée Ombe Duglaçon », à la faculté particulière d’être quasi incassable.

Cette Ombe n’a pas froid aux yeux, et si Jasper était incroyablement doué pour la magie, elle, c’est l’action qui la porte. Et elle ne fait pas les choses à moitié.

Tout comme Erik L’Homme, Bottero nous rédige un récit empreint d’humour et de clins d’œil : Ombe est sous couverture dans le lycée Ombage, se rend à l’association rue Horla et habite un appartement rue Muad’Dib, des clins d’oeils savoureux à qui sait les décrypter, il faut avoir un peu de culture de la SFFF pour comprendre.
Et Bottero nous sort le grand jeu question humour aussi comme dans cette partie du livre, fin de chapitre 3 :

"J’enjambe l’appui de la fenêtre
Hurlements horrifiés dans la classe

- Mademoiselle Duchemin ! Non ! Attendez,…

Je saute"

Chapitre 4

"Aïe"

Ou bien
"- Dans le lac en question vit une Créature.
La majuscule que j’ai entendu à Créature a titillé ma curiosité.

- Une créature ou une Créature ? "


Alors si Ombe veut bien me donner la recette pour faire entendre les majuscules, ce serait formidable pour les dictées et leurs oublis de majuscules au début des phrases, xD !

Quant à l’histoire, elle est trépidante, après les vampires de Jasper, Ombe a affaire à des trolls philosophes donc l’un ponctue ses phrases de citations

« Je me tourne vers Erglug
- Tu ne vois pas d’inconvénient à ce que j’embarque ça ?
La question est de pure forme aussi suis-je surprise lorsqu’il secoue sa grosse tête.
- Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses, a écrit Marcel Proust … »


Association c’est certes le titre général de la série mais c’est surtout une association entre deux auteurs qui ont œuvré ensemble pour débuter cette aventure. Et cela se sent, car des ponts ont été créés entre les deux premiers tomes, des explications non fournies dans le premier tome trouvent leur résonance dans le second. Et c’est un procédé qui me plait vraiment énormément.

Par exemple, dans « La pâle lumière des ténèbres », alors que Jasper poursuit un suspect, il reçoit un coup de téléphone d’ Ombe, que nous ne connaissons qu’à travers lui et pas en réalité.
Or ce coup de téléphone est donné aussi dans « Les limites obscures de la magie » en étant cette fois ci du côté d’Ombe avec l’explication qui prend forme à nos yeux. Ainsi nous avons grâce à cela accès à différents points de vue des deux personnages principaux l’un sur l’autre et réciproquement. Et c’est très drôle une fois que l’on a parcouru les deux tomes.

En conclusion c’est une réussite parfaite d’un projet élaboré à deux, dans une même optique, un même esprit, bien qu’écrit par deux auteurs différents. On regrette encore plus le destin tragique de Bottero qui aura mis fin à cette belle aventure.
Heureusement il me reste encore quelques tomes à découvrir et je n’y manquerai pas, c’est vraiment une série fantastique drôle et sympathique.

Alors la question fatidique ? qui des deux personnages je préfère ?
Après le premier tome, et à la façon dont était perçue Ombe par Jasper, j'aurais affirmé que ma préférence allait sans hésiter à celui ci ... or la personnalité de Ombe prend tout son sens dans le tome 2, ses fragilités aussi bien profondément cachées ... donc du coup ...
A moins que ces deux auteurs soient à ce point doués qu'ils fassent tanguer nos préférences d'un personnage à l'autre au fil de leurs romans .. cela ne m'étonnerait qu'à moitié.

Ailleurs
chez Lelf ; Olya ; Passion aimant .. Jess ; Phooka

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge Pierre Bottero

samedi 2 juillet 2011

Lecture en cours (12)

C'est l'été et j'ai décidé que le mois de Juillet serait consacré aux Challenges auxquels je me suis inscrite, à savoir
- Le Challenge Fin du Monde chez Tigger Lilly
- Le défi Steampunk chez Lord Orkan
- Le Challenge Pierre Bottero chez Edelwe
- Le Summer Star Wars chez Lhisbei


Voici donc mes lectures du mois (il y en a beaucoup, vais-je tenir le défi du nombre ?)

- Je suis une légende de Richard MATHESON
Chaque jour, il doit organiser son existente solitaire dans une cité à l'abandon, vidée de ses habitants par une étrange épidémie. Un virus incurable qui contraint les hommes à se nourrir de sang et les oblige à fuir les rayons du soleil ...
Dans le cadre du Challenge Fin du Monde

- La trilogie de A la croisée des mondes de Philip PULLMAN
Ce n'était pas une vie ordinaire pour une jeune fille de onze ans : Lyra vivait, en compagnie de son daemon Pantalaimon, parmi les erudits de Jordan College, passant ses journées à courir dans les rues d'Oxford à la recherche éperdue d'aventures. Mais sa vie bascule le jour où elle entend parler d'une extraordinaire particule ...
Dans le cadre du Défi Steampunk

- A comme association : Les limites obscures de la magie de Pierre BOTTERO
Dans le cadre du Challenge Bottero

- Dune de Frank HERBERT
Il n'y a pas, dans tout l'Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l'épice de longeu vie, née du désert, et que tout l'univers achète à n'importe quel prix. Richesse très convoitée : quand Léto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège ...
Dans le cadre du Summer Star Wars
Il s'agit d'une relecture, je ne sais pas si je me ferai tout le cycle ou pas, on verra ...

Et enfin en lecture commune organisée par Cachou pour le 25 Août avec Cecile Desbrun, Phooka et Vance.
- Jack Barron et l'éternité de Norman SPINRAD
Jack Barron est une icône de la télévision, un redresseur de torts modernes pour cent millions de gogos accros à leur écran tous les mercredis soir. Pour l'irrésistible présentateur, malgré la corruption, la pauvreté et la ségrégation, c'est le business qui compte avant tout .... jusqu'à ce qu'il heurte de front les intérêts du tout-puissant Benedict Howards ...